Olivier(*) est membre d’un parti trotskiste. Il n’aime pas distribuer du courrier sur son vélo jaune, les idées conservatrices, et ces enfoirés de patrons, qui exploitent le tiers-monde sans aucun scrupule. Mais, comme on ne peut pas tout détester, Olivier aime aussi certaines choses : les banderoles, les T-shirts à l’effigie du Che, et les idées révolutionnaires. Olivier est également un jeune cool : il passe à la télévision, et ne manque pas de rappeler à chaque passage en clair sur une célèbre - et non moins cool - chaîne cryptée qu’il fume régulièrement des pétards.
Pierre, Paul et Jacques regardent la télévision. Ils aiment bien Olivier, qui ne ressemble pas à tous ces pourris de politiciens. Lui, il a des idées pour
réellement changer le monde. Pour eux, il a un peu l’image du grand frère, sûr de lui et qui a des convictions. Eux aussi, de temps à autre, fument un petit joint pour se détendre. Ca ne fait pas
de mal, et puis même Olivier le fait ! Ca ne doit pas être si mauvais que ça pour les neurones, non ?
Luis est agriculteur. Il a les pieds dans la terre toute la journée, mais il ne se plaint pas : le climat colombien est très bien adapté à ce qu’il
cultive. Les récoltes sont bonnes. Il arrive à nourrir à peu près correctement sa famille, mais doit quand même se serrer la ceinture : son chanvre est racheter pour une bouchée de pain
par…
Roberto. Roberto est ce qu’on pourrait appeler un « self-made-man ». Il a réussi a fondé son petit empire. Bien sûr, dans un autre contexte, on l’appellerait un « baron de la drogue », ou un « seigneur de guerre ». Sa petite entreprise n’est pas très bien vue par le gouvernement colombien, mais il a investi dans du matériel et des hommes : il se retrouve à la tête d’une armée privée plus performante que l’armée régulière. Après quelques rixes sanglantes et deux ou trois pattes graissées, les hautes sphères colombiennes se sont décidées à lui lâcher la grappe. Ca lui permet de maintenir sous sa « protection » les paysans du coin, pour leur racheter leur production et la revendre à des gens comme…
Diego. Diego a un nom de tartelette, mais ça ne l’a pas empêché de réussir dans la vie. Il réside à Rio, et son entreprise est plus modeste que celle de
Roberto. Malgré tout, il a aussi droit à un titre honorifique : le maire de Rio le désigne sous le nom de « Narcotrafiquant ». Et, ce brave politicien, il en a largement plein le
cul que ses collègues pointent sa ville du doigt pour ses problèmes de drogue. Alors, pour empêcher Diego d’envoyer sa marchandise en Europe, il a décidé d’équiper correctement sa police et de
l’envoyer dans les favelas résoudre le problème de manière musclée. Et la police fait son boulot, et tire avec les armes automatiques flambant neuves qu’on vient de leur payer. Et les hommes de
Diego, qui n’entendent pas se laisser faire, ripostent à coup de gros calibres, près des écoles, et des habitations de civils innocents qui n’en demandaient pas temps.
Miguel était un enfant de sept ans. Il vivait dans les favelas, avec ses parents. La misère commençait à lui peser sur le système, alors, il s’est mis à rêver : il voulait devenir footballeur, comme Ronaldo, et gagner beaucoup d’argent pour sortir sa famille des bidonvilles. Oui, mais voila, en allant à l’école, il a hérité d’une balle perdue entre les deux yeux. Tirée par un flic, par un narco, personne ne sait. En France, on dirait que c’est une « histoire sordide », là-bas on appelle ça un « jeudi ». Et la vie continue.
Alors tout va pour le mieux dans la meilleur des mondes. Luis continuera de se faire exploiter pour une misère, Roberto continuera à étendre son empire mafieux, Diego continuera sa guérilla contre la police au milieu des bidonvilles. Et Miguel continuera à être mort, puisqu’on n’a pas encore trouvé de remède à ça.
Et Olivier, Pierre, Paul et Jacques continueront à fumer leurs pétards en se disant que s’ils étaient au pouvoir, ils mettraient fin à l’oppression des pauvres par les riches, et qu’ils établiraient la fraternité entre les peuples.
C’est moche, hein ?
PS : La semaine prochaine, je vous expliquerai pourquoi Frédérique B., ancien publicitaire devenu écrivain, a réussi à équiper les talibans juste avec sa
narine droite.
(*) Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé n’est peut-être pas totalement fortuite.